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Les erreurs  de Jean-Pierre Bemba

Jean-Pierre Bemba

L’exil au Portugal du leader de l'opposition institutionnelle  Jean-Pierre Bemba, a fait couler beaucoup d’encre et l’on a avancé de nombreuses explications sur sa genèse. C’est certainement légitime car il faut tirer parti de ses échecs pour en éviter le renouvellement. C’est ainsi que l’on a mis en cause son  caractère ambitieux, autoritaire, coléreux , son manque de tact  mais sa plus grosse erreur fut de sous-estimer Joseph Kabila que même l'actuel ministre de plan Olivier Kamitatu alors tout puissant secrétaire du MLC avant de devenir un ''kabiliste'' avait  traîté  de ''général de pacotille''.  C’était malheureusement une première erreur stratégique. Malgré tout, l'homme, surnommé affectueusement "Chairman" ou ''Igwe'' par ses partisans, se veut serein.

Si Bemba a tout perdu après la défaite de sa garde personnelle face à celle de Kabila appuyée par les redoutables militaires angolais lors des évenements du 22 et 23mars 2007, Il faut donc chercher ailleurs les raisons de tels déboires, et compte tenu de leur ampleur ce n’est pas dans le fonctionnement du MLC qui s'est entretemps mué en parti politique qu’on peut les trouver, mais plutôt dans les stratégies menées depuis son arrivée aux affaires à Kinshasa en 2003 en tant que vice-président chargé de l'economie et finances. Les erreurs de "Jean-Pierre'' sont d’autant plus graves qu’il s’agit de la preparation des eléctions législatives et présidentielles de 2006 pour prendre les bonnes décisions  qui permettent d’en récolter les résultats. Le pilotage stratégique d’une telle affaire exige donc beaucoup de connaissances, d’expérience et de rigueur or ce n'est fut pas le cas chez Jean-Pierre Bemba. Un exemple, il a promis au vieux routier Augustin Kisombe Kiaku Muisi (décédé) d'être le candidat de l'union pour la nation, sa plate-forme politique pour l'eléction du gouverneur du Bas-Congo,en dernière minute, il prefera un autre, avec comme conséquence Kisombe sera corrompu par le camp Kabila et il perdra le Bas-Congo.''C’est avec l’argent de l’Etat '' a précisé Bemba « que les députés provinciaux ont trahi le souverain primaire après avoir perçu 50.000 à 100.000 dollars US ». « Comment un piéton, sans maison peut-il du jour au lendemain rouler carrosse et acquérir une villa » s'était-il interrogé Bemba. Il fallait aussi penser avant comme le camp présidentiel l'avait fait. Rien n'est acquis d'avance en politique surtout congolaise. 

L'interview en lingala, par 3 journalistes de CCTV, AA et RLTV de Jean-Pierre Bemba a rendu fou les faucons de l'entourage de Kabila. Le ''chairman'' du MLC, s’est exprimé sur le programme du gouvernement, sur la corruption ainsi que sur les élections sénatoriales et des gouverneurs. Il s’est également prononcé sur  le contentieux frontalier entre l’Angola et la RDC. Il a déploré la corruption au sommet de l’Etat et surtout qualifié de "haute trahison" la décision de restituer une portion de terre à la République  d’Angola. Naturellement, la réponse  n'a tardé pas à venir du camp du Chef de l’Etat: L'attaque de la résidence de Bemba pour deloger ses quelques 200 gardes par une artillerie lourde, des chars T-55 soviétiques, des lance-roquettes en plein centre ville de Kinshasa. Bilan:600 morts et des milliers des bléssés. Depuis on observe des médias confisqués, des arrestations arbitraires… Les rapports d’Amnesty International parlent d’exactions sur les populations qui sont issues de la province de l’Équateur. D’autres rapports de Human Rights Watch font état de la détention sans jugement de plus de 300 membres de son parti MLC dans les cachots de la police, de manifestations de l’opposition interdites, en violation d’ailleurs de la Constitution qui donne le droit à toute organisation de pouvoir manifester après en avoir dûment prévenu les autorités. Pour compléter le paysage le tissu économique désastreux et la zizanie organisée par de l’entourage de Kabila  n’ont fait qu’aggraver la situation.

Une deuxième erreur stratégique est de n’avoir pas prévu à temps le renouvellement de sa garde qui commençait à manquer des équipements. Bemba n'a jamais cru que Kabila va déclencher une guerre à Kinshasa à cause de la présence de la Monuc or tout le monde savait que cette dernière est là pour aider le gouvernement non l'opposition.

Et Bemba disait à qui veut l'entendre qu'il  a échappé à ce jour à quatres attentats : La première fois, le 21 août 2006 au moment où il s’entretenait avec 14 ambassadeurs lorsque les chars et les soldats proches du pouvoir ont encerclé sa résidence ; la seconde fois, au mois de novembre, la troisième fois avec un plan signé par la hiérarchie militaire qui comptait sur un proche de sa garde pour placer une bombe dans le domicile de Bemba en contrepartie d’une grosse somme d’argent. Et la quatrième fois, c’est ce plan de désarmement de sa garde. Mais pourquoi ne s'était-il pas replié dans sa villa de Maluku? au moins entouré de ses gardes, il aurait pu voir la garde présidentielle venir. D'autre part, il n'était pas obligé à s'installer à Kinshasa et en plein quartier d'affaires avec ses gardes surarmées à moins d'un kilomètre du palais de la nation. Pourquoi pas Gemena, Kisangani,Matadi ou Kananga?  Ce qui reste inconcevable, tant qu’on se conforte dans les illusions de la "maîtrise" de la situation.

Aux nombreuses raisons qui ont abouti à son exil  actuel, il faut  en ajouter une. C’est la suffisance, l’arrogance ainsi le climat de haine que Jean-Pierre Bemba et Joseph Kabila ont contribué pendant la campagne par leurs partisans interposés à mettre le pays sous tension . Résultats: Les deux personnalités se mefient l'un de l'autre au lieu de réconcilier les deux Congo c'est-à dire l'Est qui a voté Kabila et l'Ouest qui prefera Bemba. C'est une faute en politique.  Le  peuple reproche souvent aux politiciens congolais  qui se manifestent dans les grands établissements où on dépense l’argent des contribuables.

Concernant l'avenir du sénateur Bemba , les concessions  faites pour obtenir  des élections  au cours de la période de la transition se paieront très chères demain, car le président Kabila apprend vite  puis à s’émanciper et concurrencer. Qui sont devenus les Gaetan Kakudji, Muenze Kongolo,Victor Mpoyo et autres tontons qui l'ont choisi pour prendre le pouvoir en 2001?

Quant à analyser au fur et à mesure la pertinence des décisions stratégiques du MLC , cela va de soi,et se boucher les yeux et les oreilles sous prétexte que seule l’histoire permetttra de séparer le bon grain de l’ivraie, c’est un peu primitif ! Le cas de l'exil de Bemba est suffisamment grave pour qu’on doive l’exploiter en temps réel. Il est aussi caractérisque de l’engouement des foules ( quelque peu passionnel lors de la campagne 2006) qui conduit souvent aux plus grandes erreurs.On se rappellera enfin que rien ne peut remplacer la connaissance du métier et surtout le respect de l'adversaire politique.



Par Guy Bojack

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 

 

 

 

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