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Malgré la pression de sa ''cour'', Joseph Kabila tient à garder Adolphe Muzito

Même si elle est aujourd'hui orientée à la baisse, la cote de popularité d'Adolphe Muzito se tient depuis plusieurs mois très au-dessus de celle de Joseph Kabila.

Agé de 51 ans, Muzito a remplacé Antoine Gizenga, dirigeant du Parti lumumbiste unifié (Palu) qui s'est retiré un peu avant son 83e anniversaire. Adolphe Muzito s'est attiré les éloges de diplomates et de pays donateurs par sa rigueur fiscale après des années d'instabilité politique et les ravages de la guerre de 1998-2003, qui avait laissé en ruine une grande partie des infrastructures du Congo. La nomination de Muzito a égalemnet dissipé des rumeurs qui laissaient entendre que Kabila allait mettre fin au rôle joué par le Palu au gouvernement en nommant un représentant de son propre mouvement, le Parti du peuple pour la reconstruction et le développement (PPRD).

Résultat d’autant plus remarquable que le premier ministre n’a rien fait d’autre pour l’atteindre que de rester calme et digne. On se souvient qu’au cours de l’été 2008-2009 , la position du premier ministre était particulièrement délicate : tenu pour une sorte de directeur de cabinet du président , il voyait toute la communication et la coordination gouvernementales confisquées par le président et ses proches collaborateurs et surtout le fait de signaler toute dépense de l'Etat à la présidence fut ressenti comme une humiliation de la part des partisans du PALU par richochet dans son Bandundu natal.

Le premier ministre assume avec patience cette position dévalorisée. Il n’est aucune action d’envergure qu’on puisse lui attribuer mais l’opinion a eu le sentiment que dans le tourbillon présidentiel, il maintenait la dignité de l’Etat. Car les modernes l’ont trop oublié, exercer le pouvoir, n’est pas d’abord de l’ordre du faire, mais de l’ être.

Même un Olivier Kamitatu s'est permis de critiquer ouvertement la gestion de Muzito alors qu'il lui même membre du gouvernement.Si les propos assez durs d’Olivier Kamitatu ont été perçus comme une sorte de fronde des « mal servis » face à une classe politique marquée par la « culture de la jouissance ». En réalité,c 'est 'une lutte de pouvoir que se livre les ministres et les proches du président Kabila.S’il est difficile à Joseph Kabila, au jour d’aujourd’hui, de faire la lessive au sein de la coalition au pouvoir sans froisser des « alliés de circonstance », force est de reconnaître qu’il est obligé de faire un choix.

L'actuel premier ministre Muzito a du, pour sa part, répondre aux préoccupations des députés et a mis en échec à une motion de défiance d'un député de l'oppositon. Le vote capital était pour Adolphe Muzito.

Ce qui s’est passé au cours des derniers mois sur le plan à la fois psychologique et constitutionnel a été, à cet égard, d’autant plus probant si Adolphe Muzito n’est pas doté d’une personnalité exceptionnelle. La stature qu’il a acquise résulte principalement de la situation. D'ailleurs la nomination de Gizenga avait été interprétée comme un mariage de raison visant à renforcer l'assise populaire de Kabila, dans l'ouest du pays où prévaut la langue lingala et où le Palu est bien implanté.

Commet finira cette affaire ? Il est difficile de le dire. L’usage était qu’en début de quinquennat, le président choisisse un premier ministre politique ayant son poids propre, et se replie ensuite sur une personnalité du sérail, tenue pour plus proche de lui comme Vital Kamerhe toujours présent malgré sa traversée du désert...

Par Laetitia B. Kiangani

 

 
  
  
  
  

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