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Polémique sur les magistrats à Kinshasa

Au cours d'un point de presse, mardi 12 février 2008,  le bouillant ministre de la Justice et Droits Humains, Symphorien Mutombo Bakafwa Nsenda a soutenu que Joseph Kabila n'a pas violé la Constitution alors que tous les congolais croient le contraire même ses propres partisans . Pour lui, il en a respecté l'esprit et la lettre enfin d'ajouter que les nouvelles nominations  sont provisoires. Les jugements, constate-t-il, sont très mal rendus. Beaucoup de juges se compromettent. La principale conséquence est que les prisons en RDC sont pleines des personnes qui ne devaient pas être là bas c'est-à-dire des innoncents. Il ne croyait pas si bien dire quand on pense l'archi-bishop Kutino Fernando, aux hommes et femmes arrêtés après les evénements du 22 et 23 mars 2006 dont le seul tort est d'appartenir soit au MLC soit simplement del'éthenie Ngbaka comme Jean-Pierre Bemba,aux prisonniers politiques qui croupissent en prison. Aux termes de sept ordonnances publiées la semaine dernière, le président Joseph Kabila et le Premier ministre Antoine Gizenga ont nommé 26 hauts magistrats à la Cour suprême de Justice (CSJ), au parquet général et dans les cours d`appel de Kinshasa. Par ailleurs, 92 magistrats ont été mis à la retraite. Selon la Constitution, le pouvoir de nomination revient au chef de l`Etat, sur proposition du Conseil supérieur de la magistrature , non encore mis en place donc  il n'y avait eu concertation. 

Même les magistrats du Katanga pourtant considéré comme le fief du pouvoir de Joseph Kabila ont déclenché une grève cette semaine.  « la grève a été déclenchée en vue d'amener le président de la République à revoir la décision de mise à la retraite prise en violation de la Constitution » a declaré  le juge Losange Mokawla, membre du comité provincial de SYNAMAG (Syndicat Autonome des Magistrats) pour le Katanga.

On murmure que l'entourage du président Kabila n’aime pas la justice et moins encore les juges. Pour les magistrats c'est une situation incompréhensible et inquiétante. Le Président reçoit beaucoup au palais de la nation, c’est un homme de contact et d’ouverture dit-on. Le  Syndicat national autonome des magistrats du Congo (Synamac), organisation ultramajoritaire des magistrats n’a jamais pu obtenir audience au palais présidentiel… On aimerait savoir pourquoi le chef de l’Etat  marque d’une telle indignité. Pourtant, avocats et magistrats sont des partenaires de justice et concourent, chacun à leur place, à garantir l’Etat de droit. Les juges respectent les avocats et je sais que la réciproque est vraie. Les juges seraient-ils à aux yeux de Kabila un contre-pouvoir gênant ? Une des missions constitutionnelles du président de la République est pourtant de garantir la liberté de juger. En s’en prenant ainsi à la justice, il affaiblit les institutions et finalement les bases de l’autorité de l’autorité de l’Etat.

Opposer légitimité de l’élu et illégitimité du magistrat non élu, est un non-sens institutionnel. La justice est un pouvoir au sein de l’Etat puisqu’elle dit le droit et exerce une autorité régulatrice fondamentale. S’imaginer qu’en la rabaissant on rehaussera son propre pouvoir de gouvernant est un mauvais calcul. La démocratie d’opinion ne peut s’exercer contre la justice.  Maintenant les magistrats nommés par le pouvoir politique de Joseph Kabila. Avec ce système la RDCongo est devenue  le seul pays  où  la majorité politique en place a la haute main sur la nomination des juges. L’image de neutralité de notre justice en est gravement compromise.

Il ne sera pas toujours possible de mandater des juges et de leur conférer une aura morale inexistante pour faire les choix politiques que l’on redoute : le cas de l'ancien procureur de la république Tshimanga  devenu célèbre parce qu'il avait demandé avec zèle la levée de l'immunité parlementaire du sénateur Bemba est un exemple. Les magistrats s’interrogent toujours sur le but de ces nominations qui violent la constitution. Ils aspirent à d’avantage de concertation. 

Par Guy Bojack

 

 

 

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