Dernier
point de presse de Kabila : la présidentialisation du
régime est-elle en marche ?
Jospeh
Kabila
A
suivre avec attention le dernier point de presse du président
Kabila du jeudi 13 septembre dernier, les observateurs
les plus perspicaces et les plus habitués à aller
au-delà de l’événement n’ont pas manqué d’être
profondément troublé par les dérives présidentialistes
et les velléités de l’exercice personnalisé du
pouvoir observées dans le chef de Joseph Kabila. La
présidentialisation affichée du régime en effet est
certaine au regard du faisceau d’indices probants
qui consacrent en vérité la marginalisation systématique
du Premier Ministre tout au long de la prestation médiatique
présidentielle de plus de deux heures. Car, son
action personnelle a été délibérément noyée dans
les différentes interventions présidentielles par
l’utilisation volontaire et méthodique du concept
collectif de « gouvernement». Au reste, l’allusion
à la personnalité du Premier Ministre n’a été
que fugitive : elle a n’a été effleurée selon le
décompte effectué qu’une seule fois et encore en
des termes pleins de sous-entendus désagréables et
impertinents formulés en réponse à la possibilité
d’extension générale de la discipline et de la
culture fiscales à l’ensemble des différentes catégories
des populations congolaises, toutes notions éminemment
chères à AGF.( Moi, je m’acquitte de mes
obligations fiscales et je ne sais pas si le Premier
Ministre en fait autant, tels est l’esprit de la précision
de Kabila parlant de son Premier Ministre !).
Par ailleurs,
aucune intervention de l’hôte de l’Hôtel du
Gouvernement apparemment n’a pas été signalée au
cours de longues démarches de mobilisation de près
de 15 milliards de dollars américains entreprises et
obtenues par les missi dominici de Joseph Kabila,
selon des sources généralement bien informées auprès
des banquiers de l’ancien Empire du Milieu, après
le constat présidentiel amer fait sur l’inexistence
de ressources financières devant accompagner la réalisations
des 5 chantiers de la législature lors de la présentation
du programme gouvernemental. En d’autres
circonstances, cette tendance à la marginalisation de
la Primature a été confirmée par l’invitation présidentielle
faite aux enseignants de reprendre dès le lundi 17
septembre les enseignements suspendus depuis la rentrée
scolaire du 3 septembre dans tous les cycles maternel,
primaire et secondaire. La même invitiatation a été adressée
aussi aux Gouverneurs et Présidents des Assemblées
Provinciales d’accepter à leur corps défendant le
moratoire de surseoir jusqu’au début de
l’exercice budgétaire prochain à la retenue à la
source des 40 % des recettes perçues en province.
Dans la même veine, ne sont pas non plus passées
inaperçues les différentes autorisations sollicitées
et accordées à Vital Kamerhe, ci-devant Président
de l’Assemblée Nationale et de surcroît Secrétaire
Général en ces temps là du parti présidentiel
respectivement lors de sa visite officielle au
Portugal de prendre langue avec tout congolais séjournant
à l’étranger, quel qu’en soit le motif, ( suivez
svp mon regard ) - y compris donc le sénateur Jean
Pierre Bemba !- et après son retour au pays d’aller
s’enquérir de la situation ubuesque prévalant dans
et autour du périmètre de la résidence de
l’ancien Vice-président Arthur Z. Ngoma en instance
de déguerpissement selon les mauvaises langues à la
requête expresse et pressante du Premier Ministre Anatoine
Gizenga
désireux depuis des lustres d’y installer ses
vieilles pénates.
En outre,
le maintien à l’écart du « virtuel » Chef du
Gouvernement encore en titre a été également
manifeste à l’occasion des différentes
participations de Kabila aux assises internationales
multilatérales comme à Nairobi dans le cadre de la
Communauté de l’Afrique Australe et bilatérales
notamment lors de la réunions des commissions mixtes
à Lusaka, Luanda, Johannesburg et Aruha.
Que dire ou
penser par ailleurs de l’attitude toute récente du
Ministre de la Santé Publique qui, au retour de
mission d’assistance et de réconfort aux
populations victimes du virus d’Ebola au Kasaï
Occidental, n’a pas trouvé mieux que de se précipiter
dans les bureaux du Palais de la Nation plutôt que de
conduire ses ministériels pas vers l’Hôtel tout
proche de la Primature pour y faire son rapport de
mission ?
Présidentialisation
du régime ? Assurément. Mais aussi velléités de
l’exercice solitaire et personnalisé du pouvoir par
JKK en considération en effet de sa lecture biaisée
et personnelle des dispositions constitutionnelles en
vigueur par laquelle il s’autorise à consacrer
comme représentants du pouvoir central en province
les Gouverneurs démocratiquement élus - quand bien même
ils le seraient au second degré – et comme son
collaborateur attitré, son factotum de service patenté,
Président de l’Assemblée Nationale de son état,
jouissant donc autant que lui de l’onction et de la
légitimité populaires certes à un degré inférieur,
et aussi de surcroît constitutionnellement l’un des
chefs du pouvoir législatif à côté du Président
de la Chambre Haute.
Entrent
dans cette dérive totalitaire encore au stade
comportemental l’appropriation exclusive et éhontée
par Joseph Kabila de l’initiative d’évaluation du
cabinet Gizenga – et ce, y compris ce dernier en
personne ? On le saura bientôt – et de mise en
place des mandataires publics dans les entreprises de
l’Etat dont il a par ailleurs pris soin
souverainement d’en fixer les règles de recrutement
et les échéances arrêtées selon le bon vouloir présidentiel
au courant de ce mois pour les postulants aux
mandatures publiques dans les sociétés paraétatiques
et au début du mois d’octobre au plus tard au sein
de l’équipe gouvernementale. Et tout cela sans
faire aucune allusion si minime soit-elle à une
quelconque intervention du vieux sphinx Mupende.
Enfin, n’ont
pas manqué d’exaspérer tout observateur averti les
propos présidentiels on ne peut plus inquiétants et
révélateurs de l’existence de certaines pratiques
condamnables du point de vue moral et juridique et
supposées avoir existé ou existant encore consistant
à inquiéter toute personne s’en prenant aux
enfants en route vers l’école à défaut de la précipiter
dans les flots tumultueux des rapides de Kinsuka.
Comprenne qui le pourra ! Tous ces faits découlant du
propre discours présidentiel confirment à coup sûr
la présidentialisation du régime avant la lettre.
Ils montrent en effet dans la praxis et dans le
fonctionnement du pouvoir exécutif que Joseph Kabila, encore Président
de la République et Chef de l’Etat constitutionnels
en fonction, s’est en sus « auto-attribué » sans
vergogne les prérogatives légales jusqu’alors dévolues
au Premier Ministre Antoine Gizenga Fundji. Par ce cumul des fonctions
indécent juridiquement, politiquement incorrect mais
dans la pratique compréhensible, Kabila se comporte
et apparaît désormais comme le véritable chef du
gouvernement, sa pierre angulaire, le deus ex machina,
toujours au four et au moulin, à qui à tout moment
tous se réfèrent pour tout et à propos rien, de qui
à l’occasion on reçoit des ordres et des
directives et à qui naturellement tous rendent compte.
A la base
de cette indicible situation, l’indolence d’AGF,
sa passivité légendaire, sa couardise et son manque
de mobilité et d’énergie, toutes lacunes qui ont
poussé le président Kabila à devenir par la force
des choses et de facto, en attendant sans doute de le
devenir de jure, ce Premier Ministre qui manque au
pays par ces temps-ci, qui détenant fermement et exerçant
pleinement les pouvoirs honteusement délaissés par
leur titulaire constitutionnel, a confiné ainsi
Antoine Gizenga Fundji dans ses fortifications étroites
de l’Hôtel du Gouvernement, la nature ayant horreur
du vide ?
Présidentialisation
du régime et velléités de l’exercice personnel du
pouvoir par Joseph Kabila ? Non seulement. Mais aussi
propension quasi pathologique à s’attribuer
abusivement le bénéfice des réalisations prétendument
effectuées dans le cadre de ses 5 chantiers : la
construction de deux hôpitaux dont l’un à
l’initiative privée du célèbre basketteur Mutombo Dikembe
et l’autre par la coopération chinoise.
Pour terminer,
au regard des observations pertinentes relevées, ne
va-t-on pas assister tout au long de cette première législature
de la 3ème République à la radicalisation du
processus de présidentialisation du régime dans le
but d’assouvir certaines boulimies du pouvoir
insatisfaites et qui risque de réveiller les vieux démons
congolais de l’instabilité politique et juridique récurrentes
? L’avenir immédiat y répondra négativement si
les forces du progrès se rassemblent pour barrer la
route à toutes ces tentatives antidémocratiques.
Par Guy
Bojack